Appel à communications > Session 2 - Nouvelles recompositions et régulations commerciales

Les évolutions récentes dans les implantations d’enseignes et l’équipement commercial des territoires semblent faire prévaloir, en France tout du moins, une nouvelle forme d’organisation en cours de construction de l’espace marchand. Un schéma nouveau émerge, davantage articulé autour d’une opposition franche entre un retour à une certaine forme de proximité appelée de ses vœux par une clientèle urbaine et une offre renforcée et diversifiée en équipements périphériques toujours plus originaux dans lesquelles la dimension ludo-récréative renforce la fonction marchande. Les acteurs de la grande distribution réinvestissent, avec d’autres, l’hypercentre des villes dans de nouveaux formats de magasins adaptés aux contraintes urbaines là où les professionnels de l’immobilier commercial s’établissent davantage encore dans une périphérie élargie. Ce double mouvement se superpose à d’autres dynamiques plus anciennes - l’implantation de centres commerciaux aux marges des agglomérations, la reconquête des waterfronts urbains… - qui, chacune à son niveau,  a contribué à façonner le paysage commercial et les pratiques (d’achats, de mobilités…) qui lui sont associées. Ce cannibalisme économique et territorial (plus d’1,6 millions de m² de surfaces commerciales ont été autorisés en 2016 par les commissions départementales et nationale d’aménagement commercial en France métropolitaine) et la surdensité des appareils commerciaux par rapport aux marchés réels de consommation à laquelle il conduit constituent un frein à la résilience commerciale et à celle des espaces commerciaux. Parallèlement d’autres dynamiques s’expriment : déserts commerciaux en milieu rural, disparition de l’activité commerciale dans certains quartiers, croissance de la vacance en centre-ville…. Au-delà du constat, ce nouveau temps du commerce physique réinterroge dès lors la question du rôle et de la place de l’acteur public dans l’organisation, la gestion et la régulation du fait commercial dans les territoires. Quelles actions probantes en matière de résilience réussie des espaces du commerce relèvent du registre de l’action publique ? Le commerce sort-il peu à peu d’une logique d’urbanisme d’opportunité pour s’inscrire dans des démarches plus prospectives, globales et transversales ? Des communications ayant trait aux documents d’urbanisme opposables au tiers (PLUI, Scot) ou non (chartes) mais aussi à des modes d’intervention fonciers et immobiliers (préemption, couveuses) sont particulièrement attendues.

 

L’approche régulatrice concerne également l’exploration de nouvelles formes de gouvernance opérationnelle, l’expérimentation de formes innovantes de partenariats publics-privés au sein d’opérations de renouvellement urbain dans lesquelles le commerce joue un rôle structurant. Depuis plus d’une décennie, la privatisation de la ville s’est accentuée. À côté de la cession d’actifs et de la concession de services publics, les contrats de partenariat public-privé se sont multipliés. Ces contrats renforcent-ils la privatisation et la marchandisation de la ville, la constitution de macrolots conduisant à des conceptions fonctionnelles que ne maîtrisent pas ou très peu les décideurs publics ? À l’inverse, permettent-ils aux acteurs publics de profiter de la financiarisation privée d’opérations commerciales en orientant le mieux possible les investissements sur les territoires urbains fragiles, là où les taux de vacance commerciale sont particulièrement élevés ? De façon parallèle à ces jeux de négociation entre acteurs privés et publics, de récentes formes de financiarisation apparaissent peu à peu à l’image de la Cité de l’autre économie dijonnaise. Les montages financiers publics-privés originaux de ces types d’opérations commerciales représentent-ils la voie vers de nouveaux centres commerciaux alternatifs, collaboratifs, d’économie circulaire dont l’ancrage local est manifeste sans s’écarter pour autant des réseaux régionaux et nationaux d’investissements ? Ou, à l’inverse, s’agit-il seulement d’expériences éphémères aux conditions peu reproductibles dans l’espace et dans le temps ? La question de la régulation pose aussi celle des cadres et des échelles de réflexion et d’intervention adaptés, celle des outils de régulation de l’offre commerciale et de son développement en interrogeant l’enjeu de l’articulation et du décloisonnement des niveaux de décisions pour envisager une lecture plus territorialisée du commerce. En Europe du Nord, l’application du principe de libre établissement, inscrit dans le droit européen, ne fait pas l’objet d’une application si exclusive qu’en France. L’approche multiscalaire, mieux articulée sur l’armature urbaine des pays (en Allemagne par exemple), évite de nombreux problèmes concurrentiels. Les nouvelles articulations PLUi/SCOT et SCOT/SRADDET envisagées depuis la loi NOTRE sont-elles à même de construire les conditions d’une planification commerciale plus cohérente ? Sur le même sujet enfin mais dans un registre différent, d’autres acteurs (les associations par exemple qui s’opposent à l’ouverture d’un équipement ou luttent contre les projets « greenwashés ») interviennent dans ce jeu de régulation de l’offre dont ils parviennent parfois à contrarier le développement.

 

De son côté, si le succès de la vente en ligne est difficilement contestable (64,9 milliards d’euros de chiffre d'affaires en 2014 et croissance annuelle de 14,5% depuis 2005), ses effets sur le paysage commercial demeurent aujourd’hui encore, en l’absence d’études fines sur le sujet, bien méconnues et incertaines. Les chiffres pourtant interpellent : le e-commerce représente aujourd’hui environ 9% du commerce de détail et pourrait atteindre, selon les professionnels du secteur interrogés par le CREDOC, 24 % en 2020. En outre, l’appétence du consommateur pour ce canal de distribution ne se dément pas : l’achat sur Internet croit chaque année de 3% et constitue une pratique régulière pour 65 % des ménages, une spécificité en Europe (+12 points par rapport à la moyenne de l'UE). Cette trajectoire de transfert de l’achat depuis le magasin physique vers le digital soulève un certain nombre de questionnements sur le devenir du commerce dans sa forme, sa vocation et, sur des horizons de temps plus longs et dans une perspective plus géographique, sa place et son inscription dans les territoires. Si tous ne semblent pas en la matière logés à la même enseigne, quel avenir ainsi pour les différents secteurs et quel accompagnement possible par l’acteur public et avec quelles stratégies pour soutenir des activités et des acteurs (commerçants indépendants, associés, artisans…) historiques du commerce local confrontés à la concurrence du e-commerce ? Quelles expressions possibles attendre des stratégies montantes d’implantation physique des pure-players en quête d’un ancrage territorial pour offrir un certain nombre de services, par une proximité de fait, à leurs clients ? Quelles conséquences envisager à moyen terme sur la structure commerciale locale, entre un renforcement de l’attractivité de l’espace marchand au contact de ces nouveaux venus et un risque possible de déstabilisation du marché de l’immobilier commercial préjudiciable aux commerces les plus fragiles ? Quelles trajectoires imaginer pour le magasin face à la baisse de productivité des surfaces commerciales constatée en de nombreux lieux, entre disparition de certaines activités déjà en difficulté et resserrement de la taille des formats de futures boutiques moins destinées, avec l’achat en ligne, à la vente qu’à la mise en scène et la présentation de produits (showrooming) ? Quel impact alors sur le phénomène croissant de vacance commerciale et quel avenir pour des surfaces de vente de taille potentiellement inadaptée demain aux besoins ? Ces évolutions possibles de l’appareil commercial, dans ses formes et sa structure, sous l’injonction du commerce connecté porte enfin en elle un profond changement de paradigme. Sans autre ancrage territorial jusqu’ici que les équipements logistiques et les plateformes de commande en ligne, le e-commerce pourrait constituer à l’avenir un nouveau déterminant fort de l’organisation territoriale du commerce. Quelle réponse institutionnelle dès lors face à ces évolutions et quelle prise en compte dans les politiques de planification pour éviter que ce développement n’échappe, comme celui des drives avant lui et jusqu’à l’adoption (trop) tardive de la loi Pinel, à l’acteur public ?

 

Sur tous ces sujets, des propositions de communications appuyées sur des études de terrains, mettant en perspective le contexte français avec d’autres pratiques européennes ou internationales ou offrant une lecture pluridisciplinaire de la question traitée sont notamment attendues.

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